vendredi 21 avril 2006

Etats-Unis - Benoît XVI "pire que Luther" - "L'Eglise doit effacer ce concile [Vatican II]" ... "en faire table rase (tabula rasa)"

Interview de Mgr Tissier de Mallerais (FSSPX) - The Remnant 30 avril 2006

Interview de Monseigneur Mgr Bernard Tissier de Mallerais

par Stephen L.M. Heiner - Colton, Californie, le 21 avril 2006, pour The Remnant du 30 avril 2006

--------------------------------------------------------------------------------

[NDQIEN: The Remnant a supprimé la remarque sur Fatima avant de publier ce entretien. Par ailleurs, ce texte se termine par une citation attribuée à celui qui était alors l'abbé Ratzinger, c'est une distorsion du texte allemand tel qu'écrit par l'abbé Ratzinger, et que nous donnons à la suite.]

Je n’avais rencontré Mgr Bernard Tissier de Mallerais qu’une seule fois auparavant, en 1997, lors de l’ordination de l’abbé Frank Kurtz. Le sachant féru de droit canon, je lui avais alors posé quelques questions sur la nature " intrinsèquement perverse " de la nouvelle messe. Il avait bien voulu me consacrer une partie de son temps et m’avait brièvement exposé ses idées sur la question. Sa courtoisie et sa gentillesse m’avaient frappé, d’autant plus que je venais de lui voir célébrer la messe avec une précision et une sainteté telles que j’en avais rarement vu l’équivalent.

J’ai exprimé le désir d’interviewer Monseigneur à Michael Matt, qui m’a autorisé à le " pourchasser ". Bien que je ne sois pas européen et que mon français et mon allemand soient, au mieux, très sommaires, j’ai fini par le trouver à Écône (il était 2 heures du matin en Californie alors quand on était au milieu de la matinée en Suisse ; j’étais donc fatigué, et de plus, mon français est exécrable), et il m’a permis de le rencontrer à Colton, où il devait se rendre pour des confirmations. J’ai enregistré personnellement l’interview, qui a duré environ quarante-cinq minutes.

Monseigneur a vérifié le texte ci-dessous quant à la précision de la forme et du fond. Il en a approuvé la totalité aux fins de publication. Je préfère employer le titre " Your Lordship " (Monseigneur) que le titre plus contemporain " Your Excellency " (votre Excellence), et c’est pourquoi on retrouvera le premier partout dans le texte.

--------------------------------------------------------------------------------

S.H. : Monseigneur, l’agence Zenit a publié le 7 avril un texte contenant certaines déclarations des évêques français sur la fin de leur assemblée plénière :

" La vérité nous impose d’exprimer clairement nos sujets de désaccord. Plus que sur des points de liturgie, ce désaccord porte sur l’acceptation du Magistère, en particulier celui du deuxième concile du Vatican et des papes des dernières décennies. La Communion peut s’accompagner de questions, de demandes de précision ou de réflexion complémentaire. Mais on ne saurait tolérer un rejet systématique du Concile, une critique de ses enseignements ou un dénigrement de la réforme liturgique décrétée par lui. "

En outre, le site Internet AngelQueen.org a publié dernièrement une "interview exclusive" de Mgr Rifan, du diocèse de Campos. Dans le texte de cette interview, Mgr Rifan déclare (par l’intermédiaire d’un subordonné) que la communion dite essentiellement "pratique" et "effective" avec le rite romain est démontrée par la concélébration dans le Novus Ordo, et il cite à cet égard le canon 541.

Que répondriez-vous à ces commentaires sur la "communion" en tant qu’évêque du rite romain reconnaissant la validité de l’élection de Benoît XVI ?

Mgr : Tout d’abord, je ne suis pas au courant de ce texte. Je ne l’ai pas lu. Cela ne m’intéresse pas, je ne suis pas ce genre de nouvelles. Ce n’est pas le problème qui se pose ici. Le problème, ce n’est pas la "communion", qui correspond à l’idée stupide entretenue par ces évêques depuis Vatican II. La communion n’est pas ce qui pose problème ; ce qui pose problème, c’est la profession de la foi. La "communion" n’est rien, c’est une invention du concile Vatican II. L’essentiel, c’est que ces gens (les évêques) n’ont pas la Foi catholique. La "communion" ne signifie rien à mes yeux, ce n’est qu’un slogan de la nouvelle Église. La définition de la nouvelle Église est la "communion", qui n’a jamais été une définition de l’Église Catholique. Je ne puis vous fournir que la définition de l’Église telle qu’on la comprenait traditionnellement.

S.H. : Quelle est cette définition, Monseigneur ?

Mgr : L’Église est la société visible de ceux qui sont baptisés, qui professent la foi catholique et qui se soumettent au Pontife romain. Ces trois éléments sont essentiels et nécessaires et représentent tout ce qui compte selon moi ; la "communion" n’a aucune valeur à mes yeux.

Si j’ai quelque chose d’important à vous dire, c’est bien que ces gens ont perdu la Foi, surtout la foi dans le mystère et le dogme de la Rédemption. Car ainsi que vous le savez, le concile Vatican II n’a pas un dit un mot de la Rédemption. La réforme liturgique, c’est un fait, a complètement falsifié le mystère de la Rédemption.

S.H. : Le Saint-Père a beaucoup travaillé sur ce concile en tant que théologien. Vous le connaissiez quand il était encore cardinal, en 1988, et je sais qu’à l’époque, vous aviez eu affaire à lui de très près dans le cadre des "négociations". Vous avez eu l’occasion de l’observer pendant plus d’un an (on fêtait il y a quelques jours le premier anniversaire de son élection) : y a-t-il eu un changement dans ses paroles, ses actions ou son ton depuis qu’il est devenu pape ?

Mgr : Je le connaissais pour être un négociateur cherchant à nous réconcilier avec l’Église conciliaire et à nous y réintroduire. Je voyais en lui un homme intelligent et intéressé par ce projet de "réintégration". Nous avons esquivé ses initiatives. Mais à présent, je considère qu’il est le pape, oui, le pape, et qu’il est investi de grâces spéciales. Pourtant, il ne se sert pas de ces grâces, car il ne fait rien pour l’Église. Il est en place depuis un an, et il n’a rien fait !

S.H. : On a dit qu’il éprouvait une certaine culpabilité à propos de 1988, car extérieurement, il semble "combattre" pour la Fraternité. Pensez-vous que ce soit exact ?

Mgr : Il était honnêtement persuadé que nous étions hors de l’Église et qu’il avait le devoir de nous y réintroduire. Une telle idée était ridicule, bien entendu, car nous ne sommes pas hors de l’Église et nous ne l’avons jamais été. C’était son grand désir (la réconciliation). Ces événements ont eu lieu quelques mois avant ma consécration épiscopale. Mais maintenant, c’est lui qui est pape ! Il doit faire quelque chose pour l’Église ! Or, il ne fait rien !

S.H. : Donc, vous ne lui avez rien vu accomplir de concret, Monseigneur ?

Mgr : Non, rien.

S.H. : Au cours du récent consistoire, il a accru le poids électoral de l’Europe au détriment des autres parties du monde. On dit qu’il veut que l’Europe reprenne les rênes de l’Église. Mais l’Europe est infectée par la montée de l’islam. Nous sommes très mal placés, en Amérique, pour observer l’islam militant, car il n’y a chez nous qu’une très petite minorité de musulmans. Compte tenu des récentes émeutes et de l’article publié par Dici en février au sujet de la montée de l’islam en Europe, que pouvez-vous dire de l’état de l’Église en Europe ? Est-elle prête à " prendre les rênes " ?

Mgr : Cette question concerne non pas Benoît XVI, mais les gouvernements européens, qui permettent à l’islam de se développer sans freins. Le gouvernement français, par exemple, invite pratiquement les musulmans à venir en France. Il prétend contrôler leur religion et adopte à cette fin lois et règlements. Les évêques ne voient pas le danger ; en fait, ils ne sont pas cohérents. D’un côté, ils voient ce danger et refusent de donner des églises aux musulmans pour que ceux-ci en fassent des mosquées ; de l’autre, ils disent que chrétiens et musulmans doivent se réconcilier, qu’il n’existe pas de différence entre la religion des uns et celle des autres, et que l’islam est une religion très " tolérante ". Ils sont donc en complète contradiction avec eux-mêmes.

S.H. : Diriez-vous que cette attitude est partagée par les évêques d’Allemagne, de France et de Suisse, qu’il n’y a pas de différence entre les pays ?

Mgr : Je ne vois pas la moindre différence. Ils sont tous parfaitement incohérents. Ils voient le danger, parce qu’ils vont être contraints (en vertu de la législation française relative aux édifices publics) de céder des églises vides aux musulmans. Mais à côté de cela, ils disent que l’islam est une religion très bonne et très tolérante.

S.H. : Le " projet européen " de Benoît XVI se heurte donc à de nombreux obstacles. Vous avez dit qu’en son temps, vous aviez vu agir l’actuel Saint-Père en tant que négociateur. Mgr Fellay l’a présenté dernièrement comme très attaché au Concile. Quelles sont les principales idées de ce pape qui détonent avec la Tradition ?

Mgr : La collégialité, par exemple. Il veut gouverner l’Église avec les évêques, avec les cardinaux. Il se rend donc incapable de gouverner l’Église. C’est évident, car il est pape depuis un an et il n’a rien fait !

[Monseigneur a déjà tenu ces propos à deux reprises, mais je remarque que sur cette question, il les tient avec plus de véhémence. Il poursuit…]

La collégialité le paralyse. C’est cela même : la collégialité paralyse le pape.

S.H. : Et il veut être paralysé ?

Mgr : Oui, il y croit (à la collégialité) !

S.H. : En ce qui concerne l’œcuménisme, on dit qu’il n’a pas été content d’Assise…

Mgr : L’œcuménisme, c’est une autre chose, en effet, et l’on a dit qu’il méprisait Assise, mais nous ne sommes pas certains que ce soit vrai. De plus, il s’est déjà rendu à maintes reprises dans des synagogues, avec les Juifs, alors… Ce n’est pas clair… car il a une inclination pour la religion juive.

S.H. : N’a-t-il pas restreint l’indépendance dont jouissent les franciscains à la basilique (d’Assise) ?

Mgr : Si, mais c’est secondaire.

S.H. : Lorsque j’ai eu Mgr Fellay au téléphone pour me faire préciser par ses soins ce qu’il avait déclaré à sa conférence de Denver, je lui ai dit que j’avais retranscrit ceci (n’ayant pas enregistré la conversation) : "Il (Benoît XVI) pense que la laïcité est le mode d’existence préféré dans la vision catholique de l’organisation sociale". Mgr Fellay m’a corrigé pour que j’écrive "est le seul mode d’existence…". N’est-on pas là en présence des "trois grands thèmes", à savoir la collégialité, l’œcuménisme et la liberté religieuse ? N’est-il pas entièrement acquis à ces idées ?

Mgr : Si, il est acquis à ces trois erreurs. Pour ce qui est de la liberté religieuse, il est presque exactement sur la même longueur d’ondes que Jean-Paul II. Comme lui, il est convaincu qu’aucun gouvernement ne peut être catholique, qu’aucun gouvernement ne peut reconnaître Jésus-Christ comme vrai Dieu. Bien entendu, c’est contraire à l’enseignement catholique, très précisément à celui que le pape Pie XI a donné dans Quas Primas.

S.H. : Oui, et le Syllabus…

Mgr : Oui, mais le Syllabus, c’était dans les années 1860, alors que Quas Primas, c’était en 1925 ; ce n’est donc pas si vieux, pas si dépassé, comme ils diraient.

S.H. : Monseigneur, outre son éventuel sentiment de culpabilité par rapport à 1988, on dit que Benoît XVI se sent coupable vis-à-vis de Fatima. Vous-même et vos trois confrères dans l’épiscopat vous êtes rendus à Fatima pour y accomplir un acte de réparation… Que pouvez-vous dire du silence persistant au sujet de Fatima, qui remonte à l’époque du pape Pie XII ?

Mgr : Je ne peux rien dire à ce sujet. Fatima, c’est une révélation privée. Pardonnez-moi, mais je n’en parle pas.

S.H. : J’ai quelques autres questions personnelles à vous poser. J’ai lu dernièrement votre biographie de Mgr Lefebvre. Vous l’avez très bien connu. Avez-vous eu des surprises en effectuant vos recherches pour écrire cet ouvrage ?

Mgr : Ma principale surprise a été la grande affection et le grand respect que tous ces pères progressistes éprouvaient à son égard, y compris s’ils n’étaient pas d’accord avec lui : c’est vraiment sidérant. Ils le respectaient énormément pour sa personnalité chrétienne, catholique. Tous en ont témoigné lorsque je les ai rencontrés : ils l’aimaient, quand bien même ils ne le comprenaient pas. Car en fait, ils ne parvenaient pas à faire cadrer sa gentillesse, sa charité, sa franchise avec sa force dans la Foi. Cela, ils en étaient incapables.

S.H. : Puisqu’ils percevaient la personnalité chrétienne de Mgr Lefebvre, comment ne comprenaient-ils pas ses conclusions chrétiennes ?

Mgr : Parce qu’ils étaient libéraux, ils ne pouvaient comprendre qu’un homme puisse être à la fois si aimable et si fort.

S.H. : On sait que c’est Mgr Lefebvre qui vous a consacré évêque. Et vous voici proche du dix-huitième anniversaire de votre consécration. Que pensiez-vous de l’épiscopat, ou plutôt à quoi ne vous attendiez-vous pas en juin 1988 ?

Mgr : Ce qui me surprend beaucoup, c’est que la crise de l’Église dure depuis si longtemps. Quelques années après ma consécration, nous priions pour que le Seigneur nous envoie un pape vraiment catholique, un saint pape catholique, et dix-neuf ans après, nous voilà dans la même situation qu’alors. C’est extrêmement décevant. La crise s’éternise, et nous devons poursuivre le combat. C’est très difficile, non pour moi, mais surtout pour les fidèles. Il faut leur donner du courage, les inciter à tenir bon, à ne pas se lasser. Nous devons continuer le combat.

S.H. : Votre rôle d’évêque vous amène donc à voyager dans le monde entier pour visiter les fidèles. Que remarquez-vous de commun à nous autres, de la Tradition ?

Mgr : Je crois que c’est une grande estime pour les familles nombreuses catholiques. Voilà ce qu’il y a de commun : la grâce du mariage chrétien et le désir d’avoir beaucoup d’enfants. Nos fidèles comprennent que l’avenir de l’Église et celui de leur foyer sont centrés sur un mariage fécond. Et c’est là une grâce de Mgr Lefebvre, avec la sainte Messe, car c’est cela qu’il prêchait.

S.H. : Monseigneur, le Chapitre général de la Fraternité, qui se tiendra cet été…

Mgr : Ah, oui.

S.H. : On observe une certaine confusion parmi les fidèles sur le point de savoir si quelqu’un ayant été Supérieur général dans le passé peut être élu à nouveau. Par exemple, l’abbé Schmidberger, qui a été Supérieur général, peut-il être à nouveau élu ?

Mgr : Oui, il n’y a pas de restriction.

S.H. : L’abbé Schmidberger a été Supérieur général après votre consécration, de sorte qu’en tant qu’évêque, vous deviez rendre compte à un prêtre. Je crois que dans l’esprit des fidèles, dès lors que Mgr Fellay a été élu au poste en question, celui-ci doit continuer d’être occupé par un évêque, et non par un simple prêtre. Qu’en pensez-vous ? Soyons plus précis, sans pour autant vous demander de formuler une prévision : est-il probable que la pratique consistant à placer un évêque à la tête de la Fraternité continuera ?

Mgr : Non, ce n’est pas normal. En fait, le plus normal serait que ce poste aille à un simple prêtre.

H.L. : Pourquoi, Monseigneur ?

Mgr : Parce que c’est dans notre constitution, et parce que l’existence d’évêques au sein de notre Fraternité représente quelque chose d’extraordinaire, d’imprévu, parce qu’elle n’est pas normale. C’est pourquoi je pense qu’il serait très normal pour un simple prêtre d’être Supérieur général, et je serais prêt à lui obéir, à me soumettre à lui.

S.H. : C’est donc une situation extraordinaire, pour la Fraternité, d’avoir des évêques, mais pouvez-vous envisager de devoir rendre compte à un prêtre, même à un évêque, quand bien même vous l’avez fait avec l’abbé Schmidberger ? Je m’explique : les constitutions n’empêchent pas un ancien Supérieur général d’être réélu ?

Mgr : Non.

S.H. : Par conséquent, Mgr Fellay pourrait être réélu.

Mgr : Oui.

S.H. : Monseigneur, on ne vous entend guère ici, et c’est en grande partie pour cette raison que je souhaitais vous interviewer. Étant anglophones, nous entendons très souvent Mgr Williamson, et assez souvent Mgr Fellay, mais Mgr Alfonso de Galarreta ne parle pas l’anglais. Les trublions ne manquent pas : sur des sites Internet, principalement, ils citent des "sources intérieures" réputées anonymes qui, bien souvent, ne savent rien et cherchent à diviser la Fraternité en parlant d’un prétendu "schisme au sein de la Fraternité" pour le cas (probable selon elles) où Mgr Fellay conclurait un "marché" avec Rome. Ma question est la suivante : lorsque Mgr Fellay prend la parole ou fait une déclaration, peut-on dire qu’il le fait "au nom des évêque " de la Fraternité ?

Mgr : Non. Je dirais qu’il s’exprime en tant que Supérieur général de la Fraternité, tout bonnement.

S.H. : Donc, en tant qu’évêques, votre rôle principal consiste…

Mgr : Seulement à donner les confirmations et à faire les ordinations. Tel est le rôle que Mgr Lefebvre nous a assigné. Aussi ne jouons-nous pas, en soi, un "rôle directeur" dans la Fraternité ; nous sommes simplement soumis au Supérieur général.

S.H. : En somme, s’il y avait une restauration au sein de l’Église, il n’y aurait plus besoin d’évêques de la Fraternité ?

Mgr : S’il y avait des évêques catholiques occupant des sièges catholiques, non, il n’y aurait plus besoin de nous.

S.H. : Monseigneur, The Angelus a reproduit dernièrement une étude du Père Pierre-Marie, O.P. concluant à la validité du nouveau rite de consécration des évêques, question importante puisque l’actuel Saint-Père est le premier pape à avoir été consacré évêque dans le nouveau rite. On trouve sur l’Internet des déclarations selon lesquelles Mgr Lefebvre doutait de la validité des nouveaux rites de consécration épiscopale…

Mgr : Non, non, non. Il n’a jamais parlé de cela, jamais. Non, non.

S.H. : Alors, on n’a jamais mis en question, au sein de la Fraternité, la validité de tel ou tel nouveau sacrement ?

Mgr : Mgr Lefebvre n’a jamais traité la validité des consécrations épiscopales.

S.H. : Non ? Et à propos de l’épiscopat ?

Mgr : Je ne sais ce qu’il pensait de cette question. Il ne connaissait pas le nouveau rite de consécration épiscopale. Il n’avait rien étudié ni lu à ce sujet. Car lui-même se bornait à continuer d’appliquer l’ancien rite.

S.H. : Je pense avoir une autre question à vous poser : où la Fraternité croît-elle le plus vite dans le monde ?

Mgr : L’essentiel est que nous rétablissions les familles catholiques, les écoles catholiques : là est le grand moyen de croissance de l’Église catholique. Du reste, beaucoup de nos prêtres sont issus de nos écoles. Nous insistons auprès de nos fidèles pour qu’ils inscrivent leurs enfants dans des écoles catholiques.

S.H. : Eh bien, j’en ai fini avec mes questions, Monseigneur. Mais en écrivant cela, je tiens à m’assurer que je vous cite fidèlement ; c’est pourquoi je vous en communiquerai une transcription avant que vous ne vous rendiez à Veneta

Mgr : Non, non, dans vos questions, vous n’avez pas touché à l’essentiel ; je les trouve pertinentes, mais elles n’ont rien abordé d’essentiel…

S.H. : Qu’y a-t-il d’autre, Monseigneur ?

Mgr : Eh bien, par exemple, que ce pape a professé des hérésies dans le passé ! Il a professé des hérésies ! Je ne sais s’il les professe encore.

S.H. : Lorsque vous dites "a professé", voulez-vous dire qu’il le fait encore ?

Mgr : Non, mais il n’a jamais rétracté ses erreurs.

S.H. : Mais, Monseigneur, s’il ne les a pas rétractées, y souscrit-il toujours ? De quoi parlez-vous ? Pouvez-vous être plus précis ? Je dois reconnaître que je ne suis pas théologien et que je n’ai lu aucun de ses ouvrages. Voulez-vous parler de l’époque où il était cardinal ?

Mgr : Je veux parler de celle où il était prêtre. En tant que théologien, il a professé des hérésies, il a publié un ouvrage empli d’hérésies.

S.H. : Monseigneur, j’ai besoin que vous soyez plus précis, afin que nous puissions approfondir la question.

Mgr : Oui, bien sûr. Il a publié un livre intitulé Introduction au christianisme ; c’était en 1968. Or, ce livre est bourré d’hérésies, notamment la négation du dogme de la Rédemption.

S.H. : Dans quel sens, Monseigneur ?

Mgr : Il y dit que le Christ n’a pas satisfait pour nos péchés, qu’Il ne les a pas rachetés, que Lui, Jésus-Christ, en mourant sur la Croix, n’a pas satisfait pour nos péchés. Cet ouvrage nie le rachat des péchés par le Christ.

S.H. : Je ne suis pas certain de comprendre…

Mgr : Il nie la nécessité de la satisfaction.

S.H. : On dirait du Luther.

Mgr : Non, cela va beaucoup plus loin que Luther. Luther admet le sacrifice, la satisfaction par le Christ. C’est pire que du Luther, bien pire.

S.H. : Monseigneur, je dois reprendre cette question au début : voulez-vous dire que Benoît XVI est un hérétique ?

Mgr : Non, mais il n’a jamais rétracté ces propos.

S.H. : Eh bien, dans ce cas, que diriez-vous, Monseigneur ? Diriez-vous qu’il est "suspect", "discutable", "favorable à l’hérésie" ?

Mgr : Non, c’est clair. Mais je peux le citer. Il rejette "une présentation extrêmement rudimentaire de la théologie de la satisfaction (perçue comme) un mécanisme de rétablissement d’un droit lésé. Ce serait la manière dont la justice de Dieu, infiniment offensée, aurait été apaisée par une satisfaction infinie… certains textes de dévotion semblent laisser entendre que la foi chrétienne en la Croix comprend Dieu comme un Dieu dont la justice inexorable exigeait un sacrifice humain, le sacrifice de Son propre Fils. Et nous fuyons avec horreur une justice dont la noire colère ôte toute crédibilité au message d’amour" (traduit de la version allemande, pages 232 et 233).

S.H. : Quelles autres hérésies a-t-il émises, Monseigneur ?

Mgr : Beaucoup d’autres. Beaucoup d’autres. Il a jeté des doutes sur la divinité du Christ, sur le dogme de l’Incarnation…

S.H. : Ce ne peut être vrai…

Mgr : C’est tout ce qu’il y a de vrai. Il fait une relecture, une réinterprétation de tous les dogmes de l’Église. C’est cela même. C’est ce qu’il a appelé l’"herméneutique" dans son discours du 22 décembre 2005…

S.H. : Cette herméneutique est connue aussi sous l’appellation "tradition vivante"… Elle consiste à interpréter les doctrines existantes sous de nouveaux éclairages…

Mgr : Oui, exactement. Selon la nouvelle philosophie, la philosophie idéaliste de Kant.

S.H. : Ce sont là de très fortes paroles, Monseigneur ; pourtant, la Fraternité n’est pas sédévacantiste…

Mgr : Non, non, non, non. Il est le pape…

S.H. : Mais ce sont de fortes paroles…

Mgr : Ecclesia supplet. L’Église supplée. C’est même inscrit dans le code de droit canon : "en cas de doute, l’Église supplée au pouvoir exécutif". Il est le pape. Ecclesia supplet. Mais nous devons savoir qu’il a professé des hérésies.

S.H. : Monseigneur… Je dois souligner que l’article que je suis en train d’écrire est largement diffusé dans le monde anglophone… Sont-ce là les mots que vous souhaitez employer ?

Mgr : Oui. Oui. J’ai lu Joseph Ratzinger, et j’ai lu ses ouvrages. Je puis vous assurer que c’est vrai.

S.H. : Bien, alors j’aimerais savoir ce que Mgr Lefebvre pensait de lui lorsqu’il était le Cardinal Ratzinger ?

Mgr : Il ne l’avait pas lu. Il ne l’a jamais lu. Il voyait en lui un négociateur, un homme intelligent et honnête prenant des initiatives dangereuses à notre endroit.

S.H. : Ce thème de discussion que vous avez introduit, Monseigneur, nous ramène au Protocole de 1988, dont l’une des points dit que la Fraternité interprétera le Concile "à la lumière de la Tradition". Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Mgr : Absolument pas. Ce n’est plus le cas.

S.H. : Alors, que dire ? Que le Concile doit être revu, entièrement révisé ?

Mgr : Non, car nous le lirions à la lumière de la "nouvelle philosophie". Oui, c’est là la vraie "lumière" (rires). C’est la seule "lumière" à laquelle on puisse le lire.

S.H. : Vous diriez donc que la Fraternité lit le Concile à la lumière de la "nouvelle philosophie" ?

Mgr : Exactement.

S.H. : Et, par conséquent, le rejette ?

Mgr : C’est la seule manière dont on puisse le lire. On ne peut pas lire Vatican II comme une œuvre catholique. Il repose sur la philosophie d’Emmanuel Kant.

S.H. : L’idéalisme ?

Mgr : Exactement, l’idéalisme allemand.

S.H. : Alors, si vous dites que la bonne manière d’interpréter le Concile est de le faire à la lumière de la "nouvelle philosophie ", comment l’Église doit-elle traiter ce concile ?

Mgr : Je dirais qu’un jour, l’Église devra effacer ce concile. Elle n’en parlera plus. Elle devra l’oublier. L’Église se montrera sage si elle oublie ce concile.

S.H. : Je vous relis mes dernières notes : L’Église doit effacer ce concile, ne plus en parler, l’oublier.

Mgr : L’oublier, oui. En faire table rase (tabula rasa). Ah, vous allez devoir m’excuser, Stephen, je dois aller entendre des confessions avant la Messe. Veuillez me pardonner.

S.H. : Monseigneur, ce fut un grand plaisir, à la fois intéressant et surprenant.

Mgr : Ce fut un plaisir pour moi aussi.

--------------------------------------------------------------------------------

Voilà donc ce qu’il en est. Ce sont là quelques-unes des paroles les plus fortes que j’aie jamais entendues d’un évêque de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Je n’ai aucun commentaire à y ajouter, si ce n’est que Monseigneur Tissier de Mallerais s’est exprimé avec beaucoup de calme et de clarté, et il m’a semblé intéressant qu’il m’eût empêché de mettre fin à l’interview parce que selon lui, il y avait des questions importantes que je n’avais pas posées. Je me félicite de l’occasion que Michael Matt m’a donnée de conduire cette interview.

J’ai parlé du fond de l’interview avec le Dr Tom Droleskey, qui a étudié de son côté certains écrits de l’abbé Ratzinger, futur Benoît XVI, et qui m’a communiqué cette citation supplémentaire de l’intéressé :

" La dévotion eucharistique que l’on remarque dans la visite silencieuse du fidèle à l’église ne doit pas être perçue comme une conversation avec Dieu. Cela signifierait, en effet, que Dieu est présent à cet endroit et de manière confinée. Justifier une telle assertion dénote un manque de compréhension des mystères christologiques liés à la notion même de Dieu. Cela répugne à la pensée sérieuse de l’homme qui connaît l’omniprésence de Dieu. Aller à l’église au motif qu’on peut y rendre visite à Dieu qui y est présent est un acte insensé que l’homme moderne rejette à juste titre". (Die Sakramentale Begrundung Christlicher Existenz 1966, Kyrios Publishing, Freising-Meitingen-Germany).

[NDQIEN: Texte allemand écrit par celui qui était alors l'abbé Ratzinger]

"Eucharistische Anbetung oder stille Besuchung in der Kirche kann sinnvollerweise nicht einfach Unterhaltung mit dem lokal zirkumskriptiv präsent gedachten Gott sein. Aussagen wie "Hier wohnt Gott" und das auf solche Weise begründete Gespräch mit dem lokal gedachten Gott drücken eine Verkennung des christologischen Geheimnisses wie des Gottesbegriffes aus, die den denkenden und um die Allgegenwart Gottes wissenden Menschen notwendig abstößt. Wenn man das In-die-Kirche-Gehen damit begründen wollte, daß man den nur dort anwesenden Gott besuchen müsse, so wäre dies in der Tat eine Begründung, die keinen Sinn hätte und vom modernen Menschen mit Recht zurückgewiesen werden würde. Eucharistische Anbetung ist in Wahrheit bezogen auf den Herrn, der durch sein geschichtliches Leben und Leiden "Brot" für uns geworden ist, d.h. der durch seine Fleischwerdung und Todeshingabe der für uns Offene geworden ist."

jeudi 27 juin 2002

Ecône - 2002 - "Cette nouvelle religion est une pure Gnose" - Elle "n'a rien à voir avec la religion catholique"

Sermon des ordinations, EcÔne, jeudi 27 juin 2002

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il.

Monseigneur le Supérieur général, Mes chers Seigneurs, Monsieur le Directeur,

Mes chers confrères en sacerdoce, Chers ordinands, Bien chers Fidèles,

Dans quelques instants l'évêque, au cours de cette cérémonie d'ordination de diacres et de prêtres, prononcera ces paroles, aux diacres il leur dira : vous êtes désormais les coopérateurs du Sang et du Corps du Seigneur, et aux prêtres après l'ordination elle-même, il leur dira : recevez le pouvoir d'offrir le sacrifice à Dieu et de célébrer des messes tant pour les vivants que pour les défunts.

Ces paroles, qui nous semblent presque banales, de notre Foi catholique toute simple, qui expriment donc l'objet même du sacerdoce qui est la consécration du Corps et du Sang de Notre-Seigneur pour renouveler de façon non sanglante Sa Passion Divine, ces paroles sont désormais supprimées dans le nouveau Pontifical de l'ordination tant des diacres que des prêtres. Cette disparition est très significative, et veut dire que la NOUVELLE RELIGION ne veut plus exprimer la transmission d'un pouvoir de consacrer le Corps et le Sang du Christ et d'un pouvoir de renouveler la Passion du Calvaire. Et donc, mes bien chers ordinands, je suis sûr évidemment qu'au cours de vos six années de séminaires vous avez bien pénétré la doctrine catholique, qu'ignore maintenant la plupart des prêtres dans la NOUVELLE RELIGION. Car ce changement du rite de l'ordination signifie une NOUVELLE RELIGION. Dans cette suppression d'un pouvoir d'offrir et de consacrer le Corps et le Sang du Christ est exprimée précisément LA NOUVELLE RELIGION, dans laquelle se trouve la grande majorité des catholiques, à leur cœur défendant, mais ils y sont dans cette NOUVELLE RELIGION, qui consiste non seulement en un NOUVEAU CULTE, mais dans une NOUVELLE DOCTRINE. Et donc si vous le voulez bien, chers fidèles, en quelques mots je décrirai tout d'abord la NOUVELLE DOCTRINE de cette NOUVELLE RELIGION et ensuite son NOUVEAU CULTE.

Tout d'abord de NOUVEAUX DOGMES, par conséquent une NOUVELLE DOCTRINE, de NOUVEAUX DOGMES.

Tout d'abord le péché, qui pratiquement n'existe plus, puisqu'il n'offense pas Dieu. On nous dit que le péché n'offense pas Dieu, mais qu'il nuit seulement au pécheur. Le péché, en effet, ne peut pas atteindre la nature de Dieu qui est incorruptible. Le péché ne fait rien à Dieu. Le péché ne fait que nuire au pécheur, lui faisant perdre la vie divine, on le concède, et également offensant à la solidarité humaine. Dans ces conditions le péché n'a plus cette caractéristique d'offense, de destruction de l'honneur de Dieu, de Sa gloire, de Sa louange. Il n'a plus la caractéristique d'une désobéissance à la loi de Dieu. On nie par conséquent que Dieu soit en droit d'exiger de Ses créatures, non seulement la louange, mais même la soumission à Sa loi comme dit saint Ignace dans ses Exercices : L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu et par là sauver son âme. Eh bien ! louer, honorer et servir Dieu, çà n'existe plus dans la NOUVELLE RELIGION, puisque le péché ne détruit pas la gloire externe de Dieu, le péché ne fait que nuire à l'homme. Vous voyez donc combien cette NOUVELLE RELIGION détruit la notion même du péché, détruit la gloire de Dieu, détruit même la notion du péché comme l'injustice suprême, pour ne considérer que les injustices humaines ; mais l'injustice envers Dieu, le péché contre la Justice de Dieu, on n'en veut plus.

Ensuite, on nous dit que par le péché la dignité humaine n'est pas perdue, l'homme conserve sa dignité même après le péché. L'homme reste digne. L'homme reste gentil, sympathique. Et par conséquent, c'est la justification de l'œcuménisme, de la liberté religieuse. Quoi que fasse l'homme dans l'ordre religieux, qu'il honore un faux dieu ou par un faux culte le vrai Dieu, peu importe, il garde sa dignité. Il est digne donc d'être d'estime et de respect, et donc on doit respecter sa religion, et on doit par conséquent collaborer même avec les autres religions, puisque la dignité humaine n'est pas atteinte par le péché. Encore une seconde erreur très grave, qui légitime l'œcuménisme et la liberté religieuse. Il est donc digne puisque l'homme reste très sympathique. Eh bien ! Dieu continue d'aimer le pécheur, de lui maintenir Son amour et Sa faveur. Rien n'est changé entre Dieu et le pécheur. Dieu nous est représenté sous la forme d'un Dieu impassible, bonasse, qui accepte tout de la part de Ses enfants capricieux. Sa charité, à Dieu, est donc ridiculisée. Dieu continue d'aimer même le pécheur, sans distinction, sans précision.

Ensuite, on nous dit que, par conséquent, Dieu ne punit pas le péché par une peine quelconque temporelle ou éternelle. Puisque le péché n'offense pas Dieu, Dieu ne punit pas. Du reste Dieu est la bonté même. Comment Dieu pourrait-Il infliger des peines à l'homme pécheur ? Non, c'est l'homme lui-même qui se punit en subissant les conséquences de ses fautes et l'enfer, si jamais quelqu'un s'y trouve, l'enfer n'est que l'exclusion, auto-exclusion de l'amour divin. Donc l'enfer n'est plus une peine infligée par Dieu. Dieu n'a plus le droit de punir. Et par conséquent, l'homme est lavé de tout devoir de réparation envers Dieu. Ce que nous appelons chez nous, dans notre catéchisme, la satisfaction après le péché, le pécheur doit satisfaire pour ses péchés à la justice divine, la satisfaction, le besoin d'expier ses péchés pour réparer l'honneur de Dieu n'existe plus. L'homme doit seulement réparer sa santé spirituelle. Mais réparer la gloire de Dieu, coopérer au relèvement de la créature tombée dans le péché, on n'en veut plus, alors que vous savez la belle doctrine catholique de la satisfaction est toute à la gloire de Dieu, puisque l'homme pécheur peut se relever et redonner la gloire et la louange à Dieu et relever même sa nature tombée, par la satisfaction, par la peine qu'il subit volontairement. Mais cette doctrine, qui donc ne veut plus ni du péché, ni de l'expiation et de la satisfaction, va beaucoup plus loin, puisqu'elle va même maintenant fausser le sens des souffrances et de la Passion Rédemptrice du Sauveur. Et donc elle va fausser le dogme de la Rédemption.

C'est à ce dogme central que se sont attaqués les modernistes. On va nous dire : les souffrances de Notre-Seigneur sur la Croix sont destinées seulement à révéler l'amour de Dieu persévérant, mais non pas à satisfaire à la justice divine à la place des hommes pécheurs. Notre-Seigneur sur la Croix n'a pas offert à Son Père en notre nom aucune satisfaction. Il n'a fait que révéler aux hommes l'amour de Dieu Son Père. Donc on va tout à fait contre le dogme du Précieux Sang, cette loi que Dieu a posé même dans l'Ancien Testament, que sans effusion de sang il n'y a pas de rémission. On refuse le Sang versé par Notre-Seigneur avec toute Sa valeur d'expiation, de rémission des péchés, pour ne considérer qu'un acte gratuit par lequel le Père livre sans aucune raison Son Fils à la mort, simplement pour révéler l'amour du Père. C'est la plus abominable cruauté : le Père livre Son Fils à la mort la plus abominable, simplement pour révéler Son Amour. On a faussé, vidé le dogme de la Rédemption et l'on blasphème même la Sainte Passion du Sauveur. Alors qu'au contraire, notre catéchisme nous enseigne que par Sa Passion Notre-Seigneur a offert à Son Père une satisfaction pour nos péchés surabondante, à cause d'une part de la dignité de la personne divine qui souffre sur la Croix et d'autre part à cause de l'extrême charité et obéissance avec laquelle Notre-Seigneur souffre, et enfin à cause des douleurs extrêmes qu'Il a souffertes sur la Croix. Il a donc pu offrir à Son Père pour nous, à notre place, une satisfaction surabondante, presque infinie. C'est toute la beauté de la contemplation de la Croix : y voir notre Salut, notre Rédemption, notre rachat, notre relèvement et non pas seulement l'amour du Père, mais l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ d'abord.

Et de toute façon, on nous dit dans cette NOUVELLE RELIGION : à quoi bon le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à tout le plus pour révéler l'amour du Père mais pas pour nous sauver, car tous les hommes sont sauvés, de toute façon. C'est certain, puisque par Son Incarnation, comme dit le concile Vatican II, dans Gaudium et Spes, par Son Incarnation le fils de Dieu S'est uni en quelque sorte à tout homme. Tout homme est christifié par l'Incarnation et alors tous sont sauvés, et dès lors - c'est l'allégation du Pape Jean-Paul II dans un de ses livres -, que pratiquement l'enfer probablement est vide. Tous sont sauvés. Vous voyez donc le dogme de la Rédemption anéanti, faussé radicalement. Étant évacué le péché, étant évacué même la justice de Dieu, on va évacuer la Rédemption, supprimer la satisfaction de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voilà la NOUVELLE RELIGION, les NOUVEAUX DOGMES.

Passons maintenant, si vous le voulez bien, au NOUVEAU CULTE, qui correspond au NOUVEAU DOGME. Eh bien ! tout d'abord dans le NOUVEAU CULTE on nous dit que l'acte principal de la Rédemption de Notre-Seigneur, Sa première Messe qu'Il a célébré sur la Croix après la messe de la Cène, donc l'acte principal de la Rédemption, ne consiste pas dans la Croix du Sauveur, mais plutôt dans la Résurrection glorieuse et l'Ascension de Notre-Seigneur. Ce serait par Sa Résurrection et Son Ascension que Notre-Seigneur nous sauverait. En effet Dieu couronne l'œuvre de la Rédemption et manifeste pleinement Son Amour, l'amour du Père envers nous, en ressuscitant Son Fils, puisque Dieu n'est pas le Dieu des morts mais des vivants. Un point c'est tout. C'est ce que déclare le Pape Jean-Paul II. Donc la Croix du Christ est un événement plutôt secondaire dans la Rédemption, l'œuvre essentielle étant la Résurrection et l'Ascension du Sauveur.

Ensuite, on nous dit que l'acte principal du sacerdoce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Notre-Seigneur Jésus-Christ comme prêtre, ne consiste pas dans l'offrande sanglante de Son sacrifice sur la Croix, mais essentiellement dans Son sacerdoce céleste, par lequel donc, traversant la tente du sanctuaire céleste, Il se présente à Son Père avec Son Sang. Donc on va nier que l'acte principal du sacerdoce c'est l'offrande du sacrifice de Notre-Seigneur sur Sa Croix. On parlera, on va mettre l'accent sur le sacerdoce céleste ; et ceci n'est pas nouveau, dès 1958, c'était professé par le Père Joseph Lécuyer, futur successeur de Mgr Lefebvre à la tête de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit. Ces Hérésies datent d'avant le Concile. Elles ont été propagées par le Concile et après le Concile.

Ensuite, on nous dit que la Messe, la Messe n'est pas le renouvellement non sanglant de la Passion, on ne peut plus dire cela, la Messe est le mémorial de tous les hauts faits du Christ au cours de Sa vie, donc non pas seulement Sa Passion, mais aussi de Sa résurrection, de Son Ascension et pourquoi pas, de Son Incarnation, de Sa Présentation au Temple, enfin bref tous les hauts faits du Christ. Il s'agit d'en faire mémoire, et c'est cela qui fait la Messe. Hors, notre catéchisme nous enseigne que c'est bien la Consécration qui réalise la Messe et la théologie la meilleure nous expose en effet que ce qui est signifié par la Consécration séparée du Pain et du Vin, donc du Corps et du Sang du Christ, ce qui est signifié, est produit mystérieusement : l'immolation sacramentelle est réalisée, à savoir la séparation du Corps et du sang par la parole, par la puissance même des paroles du prêtre. Sous l'apparence du Pain est directement le Corps, tandis que sous l'apparence du Vin est directement le Précieux Sang du Christ. Certes non pas séparés réellement, puisque par concomitance réelle ils sont tous les deux sous chacune des deux espèces. Mais il n'en reste pas moins que par la force des paroles, ce qui est réalisé, c'est bien une séparation du Corps et du Sang du Christ, séparation sacramentelle. Par conséquent on nie absolument le rôle de la Consécration dans la Messe. Il s'agit simplement d'un mémorial.

Ensuite, la messe, nous dit-on, - c'est le Cardinal Ratzinger qui a découvert ceci il y a quelques mois - : La Messe est valide même sans les paroles de la Consécration. Vous avez tous lu cela, on vous l'a expliqué. C'est une déclaration récente du Cardinal Ratzinger avec sa Commission Théologique Internationale : la messe est valide même sans les paroles de la Consécration ! Alors à quoi bon un prêtre ! En effet, le peuple chrétien peut célébrer la messe, le prêtre ne sert à rien, puisque il n'y a pas besoin de prononcer les paroles de la Consécration pour que la messe soit valide. Même dépourvue des paroles du Christ la messe vaut, la messe est valide !

Ensuite, on nous dit que le Christ au cours de la Messe est rendu présent, oui, mais rendu présent avec tous Ses mystères salvifiques et non pas par l'œuvre magique de la Consécration, qui est une œuvre magique, mais par le vécu de l'action liturgique communautaire qui objective les mystères du Christ. Ainsi, donc, le mystère du Christ, en particulier le mystère pascal, devient le mystère du culte. Voilà ce qu'on nous dit, en particulier Hannibal Bugnini cheville ouvrière de la réforme liturgique. Donc il ne s'agit pas de consacrer le Corps et le Sang du Christ, mais d'évoquer ensemble, activement, communautairement, liturgiquement tout le mystère du Christ, en particulier Son mystère Pascal, donc en mettant en évidence la Résurrection et l'Ascension du Christ.

Enfin, dernière hérésie, bien chers fidèles, je suis absolument désolé de ce flot d'hérésies qui est à peine digne d'un sermon évidemment, le sacerdoce commun des fidèles s'exerce au cours du mémorial eucharistique. Il convient donc de donner une plus grande place à la participation active des fidèles pour qu'ils puissent exercer leur sacerdoce commun, le prêtre devant simplement présider ces paroles du mémorial.

Je conclus : tant dans ses dogmes que dans son culte la NOUVELLE RELIGION a vidé notre religion catholique de sa substance. La Passion de Notre-Seigneur ne sert qu'à révéler d'une façon très intellectuelle et abstraite l'amour de Dieu le Père pour nous. Quant à l'amour du Christ pour Son Père ou pour nous autres, on n'en sait rien. Et puis, d'autre part, le culte chrétien, c'est seulement une mémoire. Donc prendre conscience en sommes de la grande œuvre des hauts faits du Christ, en prendre tellement conscience que cette œuvre devient présente dans l'assemblée en prière, comme une auto-conscientisation commune.

Cette NOUVELLE RELIGION n'est rien d'autre, bien chers fidèles, qu'une gnose. Je pense que c'est le mot qui la caractérise parfaitement puisque c'est une religion sans péché, sans justice, sans miséricorde, sans pénitence, sans conversion, sans vertu, sans sacrifice, sans effort, mais simplement une auto-conscientisation. C'est une religion purement intellectualiste, c'est une pure gnose.

Alors, bien chers futurs diacres et prêtres, soyez assurés que je ne vous ordonne ni diacres, ni prêtres, pour être des diacres et des prêtres de cette religion gnostique. Et je suis persuadé que telle était aussi votre intention de recevoir aujourd'hui le sacerdoce catholique, des mains de l'Eglise Catholique, et non pas de recevoir un sacerdoce gnostique des mains de je ne sais quel système gnostique.

Rejetons avec horreur, bien chers fidèles, bien chers ordinands, cette religion naturaliste, intellectualiste, qui n'a rien à voir avec la religion catholique, et soyons au contraire bien fermement, toujours plus fermement persuadé de la raison de notre combat, de la raison de notre sacerdoce.

Chers ordinands, vous êtes fier de recevoir votre sacerdoce dans l'Eglise Catholique de la main d'un évêque catholique, de tous ces évêques qui se sont succédé en transmettant le sacerdoce catholique dans sa pureté doctrinale d'où découle sa véritable charité pastorale. Soyez heureux aujourd'hui de recevoir ainsi dans l'Eglise catholique, le sacerdoce catholique de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le sacerdoce d'un Padre Pio, le sacerdoce de tous les saints prêtres, d'un saint Curé d'Ars, le sacerdoce des Apôtres, le sacerdoce qu'a vécu auprès des Apôtres la très sainte Vierge Marie dont nous fêtons aujourd'hui une jolie fête.

Eh bien, supplions la très sainte Vierge Marie, Mère du Sacerdoce, Mère des prêtres, Mère du Grand Prêtre et Mère des prêtres, de nous garder bien fidèles au sacerdoce catholique afin de communiquer la religion catholique. Ainsi soit-il.

Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il.

Monseigneur Bernard Tissier de Maillerais